Sujets variés en fonction d'événements parfois inattendus. Mon blog est apolitique et non confessionnel
Le cornet de sel
Je n'avais rien de la Déesse chasseresse Artémis des Grecs (et n'étais donc pas la jumelle d'Apollon - heureusement, d'ailleurs, cela aurait peut-être suscité, chez moi, des attirances incestueuses!) ou la Diane des Romains. Cependant, j'avoue avoir toujours eu un faible pour les armes blanches du type : arc et flèches, sarbacane, fronde, javelot, arbalète etc...
Un jour, pourtant, on me proposa une arme d'un genre différent, dont je n'avais jamais entendu parler et, ma curiosité piquée au vif, je décidai de l'expérimenter, d'autant plus, on m'avais assuré que mon père excellait en sa pratique. Il y avait donc là un défit que je devais relever.
J'avais 8 ans ½. Pendant que Maman était partie acheter le bébé qui serait sûrement mon petit frère (j'ignorais alors, qu'elle se tromperait dans son achat), mes parents m'avaient envoyée chez notre amie Mélanie au Pays Basque.
"Écoute, Tatoul" me dit-elle un matin "Tu es courageuse, tu sais que tonton Jules (son mari) va à la chasse avec son fusil et son chien, mais maintenant, il se fait vieux, il ne voit plus très bien, et je crains qu'il ne ramène pas grand chose, aussi je compte sur toi qui es jeune. Ton père, à ton âge, partait dans les pins et rapportait des petits oiseaux. Il est tôt, si tu vas maintenant dans le bois en face, tu auras le temps d'en chasser une bonne douzaine pour le repas de midi. Nous serons 5 à manger, et, s'il en reste, je ferai des pâtés". Puis, elle m'explique, en me tendant le cornet en papier journal contenant du gros sel "Tu vois, c'est très simple, tu t'approches tout doucement derrière l'oiseau, tu déposes 2 ou 3 morceaux de gros sel sur la queue, comme cela le brûle et que ça fait du poids, il ne peut plus s'envoler, tu n'as plus qu'à l'attraper et à le mettre dans ce sac".
Forte de cet enseignement, et fière qu'on me fasse confiance en me donnant la responsabilité d'assurer le repas du midi, je partis en serrant mon cornet de sel.
Marchant à pas de loup - contournant les aiguilles de pin (pas facile dans un bois composé exclusivement de ces arbres !) pour éviter le bruit de leur crissement - ou tapie derrière un buisson, j'étais à l'affût, guettant le "gibier". Au bout de 3h, je dus m'avouer vaincue ; pas la moindre grive à se mettre sous la dent, et penaude, je rentrai à la maison.
Mélanie, sur le seuil de la porte, visiblement furieuse de me voir arriver le sac vide et le cornet... plein, m'interpella "Ah ! tu es bien une Parisienne, tu n'es pas douée, ma pauvre fille!. Quand je pense à ton père, tout ce qu'il nous ramenait, tu es loin de le valoir". Je jurai bien qu'on ne m'y reprendrait plus.
Moi, à qui on reprochait toujours de mettre mon grain de sel dans la conversation des adultes, je n'avais même pas été fichue d'en mettre un sur la queue d'un piaf !