Sujets variés en fonction d'événements parfois inattendus. Mon blog est apolitique et non confessionnel
Le château des Millays (en 1944) - St Didier en Donjon (Allier)

Tatou avec son bouquet de roses (offert par le châtelain)- pour le jour de sa fête le 21 août 1944 - soit 4 jours avant la libération de PARIS le 25 août 1944.
TATOU
Notre Mère aurait pu obtenir la médaille de bronze aux derniers jeux olympiques, mais, pour ma part, je suis hors concours ; qualifiée championne toutes catégories des gags et de la maladresse.
Ma naissance elle-même n'est-elle pas une maladresse ? Avoir forcé mes parents à de multiples tentatives, pendant 8ans 1/2 pour me concevoir avant que je daigne faire germer cette petite graine qui me ferait voir le jour un 30 décembre. De plus, le pire des gags, naître en pleine guerre en cet hiver 1940, sans doute un des plus rigoureux, au moment où mes parents manquaient de tout et où la nourriture était rationnée : un jour, ma mère, alors enceinte de 8 mois, avait dû faire la queue pendant 1h devant l'étal du boucher pour n'obtenir qu'un kg d'os, des Allemands étant venus entre-temps rafler toute la viande.
Les aventures qui vont suivre et qui me sont arrivées, n'ont pas toujours été dues au hasard, à la malchance, mais souvent à mon incorrigible désobéissance.
Gri-Gri
- Année 1944 - La guerre était déjà bien installée dans notre pays. La vie au quotidien devenait de plus en plus difficile, principalement pour le ravitaillement. Un jour, cependant, la belle-fille de mon parrain fit savoir à maman qu'un généreux châtelain dans l'Allier, prenait en pension des enfants des écoles parisiennes. Moi, je n'allais pas encore en classe, mais, Micheline, qui avait une douzaine d'années, devait partir au château des Millays. Elle proposa à maman de demander à ce Monsieur s'il acceptait également de m'héberger. Non seulement, je fus acceptée mais aussi maman. Nous partîmes donc passer quelques mois dans cette jolie gentilhommière.
Les dépendances abritaient une écurie et, dans cette écurie, un très gentil cheval qui nous conduisait tous les dimanches à la messe sous la direction de "Tata Louise" la gouvernante. La robe de l'animal étant d'un gris pommelé, on avait appelé l'équidé GRI-GRI. Il m'était interdit de pénétrer, seule, dans l'écurie, mais il suffisait qu'on m'interdise pour que je passe outre.
Lors d'une de mes visites à "Gri-Gri, où j'avais commencé à lui faire mes confidences, quelqu'un arriva soudain. Craignant d'être prise en faute, je me cachai derrière mon meilleur ami. Le nouveau venu voulut saisir le licou de l'animal qui, pourtant docile d'ordinaire, recula, je reçus un coup de sabot dans le genou ce qui me provoqua une belle estafilade.
Contrairement à mon habitude de hurler au moindre bobo, je serrai les dents ; la crainte de me faire gronder étant plus forte que la douleur. Le cheval et l'homme, qui ne s'était rendu compte de rien, étant partis, je restai là un long moment, serrant mon genou avec mes petites mains pour ralentir l'écoulement du sang. Puis j'entendis Maman qui m'appelait, me cherchant sans doute. Quand les appels se furent éloignés, précautionneusement, je sortis de l'écurie, boitant sérieusement. Arrivée au milieu de l'allée centrale, recouverte de gravier, j'aperçus au loin ma mère, je l'appelai, accentuant ma claudication et pleurant à chaudes larmes. Maman accourut, suivie d'une employée.
Le personnel fut en émoi ce jour là : la "mascotte" s'était blessée !. Tous crurent que j'étais tombée sur le gravier. Je ne les en ai pas dissuadés et ne me suis pas vantée de ma visite à GRI-GRI.
Les loups
Cette nuit là, nous étions en été et il faisait très chaud, la fenêtre du studio était restée ouverte, maman se réveille et tournant la tête constate avec stupeur que j'avais déjà escaladé l'imposante machine à coudre meuble, placée devant la fenêtre, en étant, préalablement, montée sur le fauteuil à côté et je m'apprêtais à enjamber la barre d'appui.
Tétanisée par l'effroi, maman n'arrivait pas à émettre un son, puis, à force de volonté, put m'appeler " Ma tatou, qu'est-ce que tu fais là ? vas vite dans ton lit". Surprise par cette voix, alors que je me débattais seule dans un affreux cauchemar, je lui répondis "Maman, viens vite, je suis poursuivie par des loups, ils vont m'attraper et me manger !" "Mais non, ma chérie, retourne-toi ; tu vois bien, ils ne sont plus là, un chasseur a dû les tuer regagne ton lit".
Rassurée par cette voix apaisante, je repartis me coucher.
Le monte en l'air
Une fois de plus, ce dimanche après-midi avait débuté sous le signe de la convivialité, avec des membres de notre famille que nous affectionnons beaucoup.
Nos cousin et cousines étaient venus pour le goûter. Ce dernier terminé, j'avais obtenu (non sans mal, et avec la promesse de me tenir tranquille) l'autorisation exceptionnelle d'aller m'amuser, dans la rue, avec mes petites cousines. Il est vrai que notre studio exigu, avait du mal à contenir 9 personnes dont 4 enfants et surtout moi, intenable dans un rayon d'action trop restreint. Ginette, étant une jeune femme, faisait partie des adultes et était restée avec eux. Dominique, alors bébé, se faisait pouponner par maman.
Josiane, était, avec ses 14 ans, entrée dans le domaine de l'adolescence. A ce titre, on lui avait confié la responsabilité de sa sœur et de sa turbulente petite cousine.
Il faisait très beau ce jour là. La façade de l'immeuble donnant sur la rue Leriche (celui où nous habitions donnait sur la cour), était en ravalement; les échafaudages étaient encore en place, ainsi qu'un grand tas de sable occultant la fenêtre de l'appartement du rez-de-chaussée. Echappant à la surveillance de ma grande cousine, sans qu'elle n'ait eu le temps de réagir, je grimpai à l'échafaudage jusqu'au 1er étage.
Je ne sais plus par quel hasard je me suis retrouvée un étage plus bas - peut-être avais-je glissé, ou avais-je eu un vertige - toujours est-il que je trônais sur le tas de sable, au grand désarroi de Josiane, se culpabilisant d'avoir failli à la tâche qui lui avait été confiée, et à l'ahurissement de ma petite cousine Mireille.
Pas du tout fière de moi, j'implorai ma cousine responsable de ma personne, de se taire puisque, de toute manière, je sentais que je n'avais rien de cassé, et que tout allait pour le mieux ! (ce qui était faux car j'avais les membres endoloris). Tout en grimaçant, tant bien que mal, je suivis mes petites parentes pour revenir au studio. Arrivées là, bien sagement Josiane et Mireille s'installèrent près de leur sœur aînée et moi, derrière mes parents, assise sur l'extrême bord du divan - car j'avais vraiment mal aux fesses! - et les mains croisées sur mes genoux (pour qu'on ne puisse pas voir qu'ils s'étaient couronnés dans ma chute!).
Au bout d'un moment, notre mère, intriguée par mon étrange silence me dit "Tu es malade Tatou ? on ne t'entend pas toi d'habitude si bavarde !", jetant un rapide coup d'oeil à mes cousines - qui ostensiblement fixaient la pointe de leurs souliers - je compris qu'elles n'allaient pas "cafter" - je rétorquai donc "Non, maman, je suis simplement un peu fatiguée et je n'ai pas envie de parler". Le soir, je dînai très peu, prétextant toujours la fatigue, en fait, j'avais plein de courbatures !.
L'instant crucial arriva ; maman m'aidait toujours à me déshabiller. Je refusai catégoriquement, estimant que j'étais maintenant assez grande pour agir seule, mais.. je ne pouvais hélas me soustraire à la vue de mes parents puisque nous n'avions qu'une pièce nous servant de chambre et de salle à manger. C'est avec stupeur que ceux-ci constatèrent le nombre impressionnant de taches bleues maculant mon petit corps. Réaction immédiate de papa : une bonne taloche pour m'apprendre à obéir.