Les fables de LA FONTAINE
LA FONTAINE n'est pas l'auteur de toutes ses fables.
Jean de la Fontaire est peut-être plagieur, mais honnête!
En effet, il n'a pas caché s'être attribué un certain nombre
des fables écrites par Esope, un écrivain grec des Vlle et Vle
siècles avant Jésus-Christ, et n'avoir fait que les "rewriter"
en vers... Résultat: sur environ 240 fables signées La Fontaine,
seules une vingtaine peuvent réellement être accréditées à
l'auteur du "Corbeau et du Renard"
L’ ÂNE ET LE CHIEN
Il se faut entr’aider ; c’est la loi de nature.
L’Ane un jour pourtant s’en moqua :
Et ne sais comme il y manqua :
Car il est bonne créature.
Il allait par pays accompagné du Chien,
Gravement, sans songer à rien.
Tous deux suivis d’un commun maître.
Ce maître s’endormit : l’Ane se mit à paître :
Il était alors dans un pré
Dont l’herbe était fort à son gré.
Point de chardons pourtant ; il s’en passa pour l’heure :
Il ne faut pas toujours être si délicat ;
Et faute de servir ce plat,
Rarement un festin demeure.
Notre Baudet s’en fut enfin
Passer pour cette fois. Le Chien, mourant de faim,
Lui dit : « Cher compagnon, baisse-toi, je te prie :
Je prendrai mon dîné dans le panier au pain. »
Point de réponse, mot : le Roussin d’Arcadie
Craignit qu’en perdant un moment
Il ne perdit un coup de dent.
Il fit longtemps la sourde oreille :
Enfin il répondit : « Ami, je te conseille
D’attendre que ton maître ait fini son sommeil
Car il te donnera, sans faute, à son réveil
Ta portion accoutumée :
Il ne saurait tarder beaucoup. »
Sur ces entrefaites, un Loup
Sort du bois, et s’en vient : autre bête affamée.
L’Ane appelle aussitôt le Chien à son secours.
Le Chien ne bouge, et dit : « Ami, je te conseille
De fuir, en attendant que ton maître s’éveille :
Il ne saurait tarder : détale vite, et cours.
Que si ce Loup t’atteint, casse-lui la mâchoire :
On t’a ferré de neuf ; et, si tu me veux croire,
Tu l’étendras tout plat. » Pendant ce beau discours,
Seigneur Loup étrangla le Baudet sans remède.
Je conclus qu’il faut qu’on s’entraide
L’ÂNE CHARGÉ D’ÉPONGES
ET L’ÂNE CHARGÉ DE SEL
Un Anier, son sceptre à la main,
Menait, en empereur romain,
Deux coursiers à longues oreilles.
L’un, d’éponges chargé, marchait comme un courrier ;
Et l’autre se faisant prier,
Portait, comme on dit, les bouteilles :
Sa charge était de sel. Nos gaillards pèlerins,
Par monts, par vaux, et par chemins,
Au gué d’une rivière à la fin arrivèrent,
Et fort empêchés se trouvèrent.
L’Anier, qui tous les jours traversait ce gué-là,
Sur l’Ane à l’éponge monta,
Chassant devant lui l’autre bête,
Qui voulant en faire à sa tête,
Dans un trou se précipita,
Revint sur l’eau, puis échappa ;
Car au bout de quelques nagées
Tout son sel se fondit si bien
Que le Baudet ne sentit rien
Sur ses épaules soulagées.
Camarade épongier prit exemple sur lui,
Comme un mouton qui va dessus la foi d’autrui
Voilà mon Ane à l’eau ; jusqu’au col il se plonge
Lui, le conducteur et l’éponge.
Tout trois burent d’autant : l’Anier et le Grison
Firent à l’éponge raison.
Celle-ci devint si pesante,
Et de tant d’eau s’emplit d’abord,
Que l’Ane succombant ne pu gagner le bord.
L’Anier l’embrassait, dans l’attente
D’une prompte et certaine mort.
Quelqu’un vint au secours : qui ce fut, il n’importe ;
C’est assez qu’on ait vu par là qu’il ne faut point
Agir de même sorte
J’en voulais venir à ce point.
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